LE 25 août 1944 – à Londres (par louis LUCY de FOSSARIEU)

Louis de Fossarieu, nouvel aspirant de la promotion « 18 Juin » viens de recevoir une formation de parachutiste et sera bientôt parachuté en France. Il se souvient de cette journée et raconte dans ses souvenirs :

Le 24 août 1944, nous quittons « Gumley » pour Londres. Nous arrivons dans l’après-midi. Charles et moi nous prenons deux chambres au « 8 Vicarage Gate ». Nous connaissons déjà le secteur.

Au même moment, en France, Leclerc, brûlant les étapes, les horaires et les plans établis, fonce, tête baissée, vers Paris afin de prêter main forte aux insurgés.

Le vendredi 25 août, jour de la St Louis, il débouche, à la tête de sa division, dans la capitale où fleurissent barricades F.F.I et barrages allemands. C’est le bordel ! Avec ses chars, il « rentre dedans » !

Au cours de cette journée, le sous-lieutenant Nouveau, cadet de la France Libre, descendant en « Sherman  » les Champs-Elysées, réussit son plus beau coup de canon : il « se paie » un « panther », embusqué six cents mètres plus bas, place de la Concorde.

Von Choltitz se bat sans conviction, juste pour l’honneur. Leclerc prend contact avec les « insurgés” et reçoit la sage reddition du général allemand.

Rol-Tanguy, chef des FT.P communistes, demande que son nom soit ajouté sur l’acte signé par Choltitz et Leclerc. Celui-ci accepte sans se rendre compte que ce sont déjà les « partis” (et leur répugnante politique) qui pointent ici le sale bout de leur nez ! On ne peut pas dire qu’ils aient perdu du temps ! Quoiqu’il en soit Paris est vraiment libéré et pratiquement intact ! Pour le jeune et fougueux général c’est l’essentiel !

Le jour même, de Gaulle arrive. Il n’apprécie pas du tout l’amabilité faite par Leclerc aux F.T.P communistes. Rompu aux manœuvres politiques, il a vite compris ce que cela annonce pour l’avenir. Mais l’heure n’est pas aux grimaces. Il rayonne d’une joie sereine.

Il est reçu en triomphateur à l’Hôtel de Ville. Il a, dans son discours, cette phrase qui exprime merveilleusement ce que nous ressentons tous, dans le fond de nos cœurs :

« …Paris ! Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! mais Paris libéré ! libéré par lui-même, libéré par son peuple avec le concours des armées de la France, avec l’appui et le concours de la France toute entière, de la France qui se bat, de la seule France, de la vraie France, de la France éternelle ! … »

L’émotion, la joie, la fierté que nous, Français, nous ressentons, en Angleterre, ce jour-là, sont indescriptibles et inoubliables. Encore plus extraordinaire reste, dans ma mémoire, la chaleur avec laquelle nos amis britanniques, pourtant si réservés, nous manifestent leur sympathie. Ils participent sans aucune réserve.

Dans la rue, l’écusson « France », cousu sur l’épaule, vaut, à celui qui le porte, le sourire des « ladies » et les applaudissements des « gentlemen ». Dans les bars, on nous tape dans le dos et on nous offre à boire. Nous profitons de cette célébrité passagère en nous efforçant de prendre l’air modeste. Ça n’est pas toujours facile.

Les jours suivants, j’irai, vingt fois, au cinéma pour voir et revoir les « actualités” retraçant la libération de Paris. Vingt fois, j’entendrai la salle entière sangloter discrètement. Vingt fois, je partagerai cette émotion impossible à maîtriser. Vingt fois, je sortirai en reniflant en chœur avec la foule, la gorge serrée, l’œil brillant et la joue humide.

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