Le drapeau de l’École des cadets de la France Libre était décoré puis remis à la garde des Saint-Cyriens

Pour ceux qui avaient tout juste 20 ou 21 ans en 1944, à la sortie de cette école militaire, qui avaient consacré trois ans à se préparer au combat puis qui avaient participé avec élan à la Libération de la France , la période des combats ramenait des souvenirs datés de tout juste douze ans.
Ils n’avaient plus vingt ans mais 32 ou 35 ans, certains étaient restés militaires mais la plupart étaient revenus à la vie civile. Ils s’étaient engagés « pour libérer la FRANCE », pas pour faire carrière et à l’époque de leur départ avaient été condamnés à mort pour « entente avec une puissance étrangère » !
Souvenirs de fierté pour le devoir accompli, mais aussi de tristesse pour les 52 garçons tombés dans les combats.
Par cette cérémonie, leur action était reconnue comme digne des plus belles traditions des armées françaises et leur indiscipline de 1941 était donnée en exemple aux futurs élèves des écoles d’Officiers !

On pouvait lire peu après dans la revue de la France Libre le texte suivant :
Le DRAPEAU DES CADETS confié à Saint-Cyr
Le 12 mars, dans les ruines de Saint-Cyr, le drapeau de l’École Militaire des Cadets de la France Libre a été décoré de la Légion d’Honneur et de la Croix de Guerre avec palme par le Général Kœning, puis remis par la garde des Cadets à celle de l’Ecole Spéciale Militaire Interarmes à qui il sera désormais confié. Le Général Koenig était accompagné du Commandant Beaudoin, ancien Commandant de l’Ecole des Cadets, et du Général de la Basse, commandant l’Ecole Interarmes.

Les honneurs étaient rendus par un bataillon de Saint-Cyriens de la promotion « Lieutenant-Colonel Amilakvari » et par un détachement de l’Ecole Polytechnique, en présence de délégations des autres écoles militaires.
Assistaient à la cérémonie : la Maréchale De Lattre de Tassigny, Mlle Amilakvari, les parents des Cadets morts au Champ d’Honneur, les Généraux Catroux, Valin, Zeller, Le Gentilhomme, Monclar, les représentants des forces alliées, et de hautes personnalités civiles et militaires.
Voici le texte de la citation :
« Dès 1940, reprenant les plus belles traditions de Saint-Cyr, a groupé et instruit les jeunes Français venus en Angleterre, désireux de lutter pour la libération de la patrie. D’abord à Malvern, puis à Ribbesford, a formé cinq promotions qui se sont magnifiquement comportées sur les champs de bataille les plus divers.
« A sa dissolution, le 15 juin 1944, pouvait être fière d’avoir bien rempli sa mission, ainsi qu’en témoignent les multiples faits d’armes de ses anciens élèves dont cinquante-deux sont morts au Champ d’Honneur. Son nom demeurera dans notre histoire militaire comme celui du refuge où la jeune élite de notre armée apprit à vaincre pour libérer la France ».
Nous avons tous, à un moment donné, souffert de l’écart pénible qui se crée entre les cérémonies et les faits qu’elles sont appelées à célébrer, un écart qui se creuse entre une réalité disparue et nos tristes moyens d’évocation. Souvent, nous avons beau alimenter le souvenir de toute notre passion, la flamme se perd dans une pauvre fumée au lieu de jaillir droite et brûlante. Eh bien, il n’en fut rien ce matin du 12 mars.
Là, dans le silence des pierres bouleversées, face à une lumière déjà belle du printemps proche, les gestes ont rejoint le passé sans effort, sans emphase. Cette masse de jeunes cyrards, les casoards frissonnant dans la brume légère, le long murmure de la ville lointaine, les mots offerts aux vents, tout faisait vivre l’espérance.
Aussi n’était-ce pas une cérémonie comme les autres. Car ici le souvenir qui a forgé la tradition sera porté par elle. Quel autre moyen de se perpétuer sinon de s’allier à ce qui ne passe pas ? Dorénavant une noble et brève histoire est venue soutenir, animer, une longue et belle histoire. N’est-il pas juste que ceux qui ont rendu l’honneur à la tradition viennent définitivement, au coude à coude, se ranger auprès d’elle ?
N’est-ce pas là comme une consécration durable de ce que le Général de Gaulle a exprimé en d’autres temps ?
« Les Cadets. Parmi les Français Libres, ces jeunes furent les plus généreux, autrement dit : les meilleurs.
« Par les efforts et les sacrifices de leurs cinq glorieuses promotions : Libération, Bir-Hakeim,, Fezzan-Tunisie, Corse et Savoie, 18 juin, ces bons fils ont, de ‘toutes leurs forces, servi la patrie en danger.
« Mais aussi, dans son chagrin, aux pires jours de son Histoire, ils ont consolé la France ».